avril 11, 2015

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Casanostra brise la glace

Wohnfit peut changer la vie. C'est ce que prouve l'histoire de Madame I. de Lyss, mère de trois enfants placés par les autorités dans un foyer.


Lorsque l'assistant social de Casanostra a rendu visite à Mme I. pour la première fois, il a finalement été heureux qu'elle accepte de prendre un deuxième rendez-vous. C'était en 2009 : "Je me sentais enfermée comme dans un bloc de glace", dit Mme I. La glace qu'elle avait construite autour d'elle pour se protéger des blessures psychiques. Elle devait encore accueillir plusieurs fois l'assistant social de manière glaciale. Elle était particulièrement mal à l'aise avec les hommes. Cela s'explique surtout par son expérience avec son ex-mari. En 2007, le divorce a mis un terme à cette histoire, du moins formellement. Madame I. s'était transformée en bloc de glace après qu'on lui ait retiré son petit garçon en 1998 et qu'on l'ait "placé" dans un foyer, comme on dit dans le jargon. "On ne peut rien faire de pire à une mère que de lui retirer son enfant", dit Madame I. Le placement n'a pas eu lieu sans raison. Madame I. était dépassée par sa vie. Elle avait des jumeaux de deux ans à la maison, deux filles, et n'arrivait généralement pas à amener à temps le garçon de huit ans à l'école. Bientôt, les reproches ont commencé, d'abord de la part de l'école. Son mari, dont elle disait avoir voulu se séparer avant la naissance des jumeaux, ne la soulageait pas, et encore moins ne l'aidait pas. Il quittait la maison à six heures du matin, traînait, ne rentrait souvent que tard le soir et ne gagnait pas d'argent. C'est ce que raconte Madame I. La famille était dépendante de l'aide sociale.

Quand la vie n'a plus de sens


Comme Madame I. ne voyait plus de sens à sa vie après le placement de son fils, elle l'a de plus en plus abandonnée. Elle a laissé les choses se faire. Elle se souciait de moins en moins de l'ordre et de la propreté. Jusqu'à ce que les jumeaux soient placés en 2006. "Qu'est-ce qu'une mère qui ne peut pas regarder ses enfants ?", se demandait-elle avec résignation. Le bloc de glace autour d'elle gelait encore un peu plus. Elle se laissait encore plus aller, elle et le ménage, devenant une contrainte pour elle-même et pour les autres. Lorsqu'en 2008, les canalisations se sont bouchées, la régie immobilière a menacé de la licencier. Le service social de Lyss, qui s'était jusqu'alors occupé de Mme I. dans le cadre de l'accompagnement familial, a demandé à Casanostra de mettre en place un accompagnement au logement dans l'appartement de la locataire, un service appelé Wohnfit. Dans le but de sauver la relation locative à court terme et de veiller à long terme à ce que la vie de Mme I. reprenne son cours. Le premier point de rupture dans le bloc de glace a été atteint par Urs Enz, travailleur social chez Casanostra, qui a apporté à Mme I. une nouvelle porte d'armoire de cuisine. Il avait dû chercher jusqu'à ce qu'il trouve les anciennes charnières adaptées. Cela a en quelque sorte impressionné Mme I. Quelqu'un qui ne se contentait pas de parler ou de mettre la pression, comme elle le savait déjà suffisamment, mais qui mettait la main à la pâte. Jusqu'à présent, elle avait été assez résistante aux injonctions, par exemple, de mieux nettoyer sa cuisine et en particulier les plaques de cuisson. Mais après que quelqu'un se soit donné tant de mal pour nettoyer la porte de son armoire de cuisine, Madame I. a voulu faire sa part pour que la cuisine soit à nouveau en ordre. Désormais, la plaque de cuisson était toujours nettoyée lorsque l'assistante sociale venait la voir le jeudi. Le mercredi est devenu le jour de nettoyage fixe de Mme I. Elle dit : "Avec le Wohnfit de Casanostra, un rythme est entré dans ma vie".

Placards muraux derrière des montagnes d'objets ménagers


Au début de l'accompagnement au logement, les déchets s'élevaient à plusieurs mètres dans l'appartement de cinq pièces et demie à Lyss. Les armoires murales, pourtant présentes, étaient inaccessibles, car des sacs et des caisses s'empilaient devant elles, avec des jouets, des vêtements ou d'autres objets ménagers à l'intérieur. La pièce qui devait servir de bureau était tellement encombrée qu'on pouvait à peine y entrer. Comment tout s'est amélioré est un mystère pour Madame I. Elle parle d'un "sac à merveilles". Et veut sans doute parler d'elle-même. Peut-être est-ce dû au fait que l'assistant social n'a jamais dit : "Vous devez", mais toujours : "Vous pouvez". Avec moi, la pression ne mène à rien. Mais M. Enz m'a fait des propositions et je me suis dit : "Il faut essayer avant d'étudier"". L'une de ces propositions consistait à permettre à Mme I. de passer en revue ses affaires de bureau à la recherche de documents dont elle n'avait plus besoin depuis longtemps - et qui ne lui manqueraient donc pas. Après un certain scepticisme initial, Mme I. s'est mise au travail avec l'assistant social. Ils ont examiné les documents et, à la grande surprise de Mme I., ont trouvé beaucoup de choses dont elle ne pouvait plus se passer. Madame I. s'est sentie prise au sérieux dans ce processus de nettoyage. "Avant, je me sentais exclue de la vie que les autorités et les professionnels menaient à ma place. Grâce à Casanostra, j'ai commencé à sentir que je faisais à nouveau partie de ma vie". Madame I. trouve des descriptions pertinentes de sa situation de vie. Elle aime écrire, des nouvelles et des histoires, elle tient un journal manuscrit. On peut y lire par exemple : "Les professionnels ont parfois dit que ce n'était pas personnel. Je trouve que peu importe comment quelque chose commence, cela doit être avant tout personnel". Ou encore : "Monsieur Enz, l'assistant social de Casanostra, compte sur moi. Il peut donc compter sur moi. Je me réjouis de sa visite hebdomadaire". Après la cuisine et le bureau, Mme I. et l'assistant social Enz se sont attaqués à la cave, qu'il fallait désencombrer, puis à la répartition des pièces dans l'appartement. Les jumeaux ont entre-temps atteint l'âge de 16 ans. "La norme serait qu'ils aient leur propre chambre", a estimé l'assistant social. Madame I. était en principe d'accord avec lui. Mais il lui a fallu du temps pour se faire à l'idée de séparer les jumeaux. Mais ensuite, elle s'est à nouveau dit qu'il fallait "essayer avant de juger".

Réorganisation de la vie


Et s'ensuivit la réorganisation de l'appartement et donc de la vie, une réorganisation provisoire, comme Enz ne cessait de le répéter, "nous pouvons tout défaire". Le moins de pression possible pour Madame I. Les filles, en retard dans leur développement, ont aidé à aménager leurs propres chambres, ont trié d'innombrables posters jusqu'à ce qu'elles aient trouvé une composition adéquate pour embellir le mur. Madame I. voulait en fait prendre la plus petite chambre pour elle. Mais Enz ne l'a pas laissé faire. "Les parents ont besoin d'un endroit où se retirer et vous devriez aussi le revendiquer pour vous". Octobre 2012, en visite chez Mme I. : cette fois-ci, Enz n'est pas venu seul, mais il a amené le portraitiste de Casanostra et Andreas Estermann, curateur des deux jumeaux. Les deux hommes se font montrer l'appartement par l'assistant social. Sur la table du salon, il y a des tasses à café sur des soucoupes, un bol de sucre et de la crème, ainsi que des petits biscuits au chocolat. Madame I., qui a préparé tout cela, se retire sur le balcon, fume une cigarette pour se débarrasser de sa nervosité, mais la porte reste ouverte, bien qu'il fasse froid en ce jour d'automne. Madame I. ne veut plus être exclue de sa vie, alors qu'à l'intérieur, d'autres s'en occupent. Pendant la visite de l'appartement, il s'avère que la porte de l'armoire de cuisine n'était que le début d'une série de travaux effectués par le travailleur social Enz. A gauche de la porte d'entrée, il a dernièrement accroché une jolie garde-robe avec un miroir, monté les plafonniers dans les nouvelles chambres des filles, réparé le mitigeur dans la salle de bain, installé une barre de douche avec un rideau, toujours avec l'aide de Mme I. ou des filles. Des travaux manuels qui ont été nécessaires parce que la régie immobilière privée n'a pas prêté main forte. Et l'on comprend ainsi pourquoi Casanostra préfère proposer l'accompagnement au logement dans ses propres immeubles plutôt que dans ceux de tiers. Un store de fenêtre qui est bloqué depuis deux mois déjà et qui obscurcit le salon ne sera probablement pas réparé dans un avenir proche. Il est souvent difficile pour les travailleurs sociaux d'offrir de bonnes conditions de vie aux locataires dans des appartements dont la "gérance immobilière est débordée".

L'enthousiasme de l'assistance


Estermann est enthousiasmé par le résultat de l'accompagnement au logement, y compris les services d'artisanat : "Depuis ma dernière visite ici, beaucoup de choses ont changé. Je ne reconnais presque plus l'appartement. Et l'ordre a visiblement changé la vie de Madame I. et de ses enfants pour le mieux". Les filles annoncent qu'elles ont récemment fait des progrès sur le plan moteur. L'une d'entre elles vient d'apprendre à faire du vélo, l'autre a réussi à faire une promenade plus longue que jamais dans sa vie. Et depuis qu'Enz a installé un rideau de douche dans la salle de bain et réparé le mitigeur, les filles arrivent le lundi matin fraîchement douchées dans leur foyer d'accueil. Et c'est ainsi que le cas I. confirme de manière impressionnante que l'accompagnement au logement peut effectivement ouvrir la porte à un travail social ciblé, comme le souligne toujours Casanostra. Plus tard, Monsieur Estermann demandera à Madame I. comment le changement dans sa vie a été possible. Elle sourira un peu et parlera à nouveau de la "boîte à merveilles" dans laquelle elle n'a pas une vision claire. Lorsque le curateur dira à quel point il est heureux que les jumeaux aient désormais un foyer aussi aimant, on sentira une douce fierté naître chez Mme I.. Elle qui n'a toujours entendu que des reproches et jamais de compliments. L'assistant social Enz demande : "Vous avez déjà accompli tant de choses, Madame I. Comment allons-nous continuer ? Quel est notre prochain objectif ? A-t-on encore besoin de Casanostra ?" "Peut-être plus pour longtemps", dit Madame I, hésitant avant d'oser dire : "Ma chambre, c'est encore le dernier chantier. Je veux essayer de l'aménager". Enz et Estermann proposent d'y placer une table et une chaise pour que Madame I ait un endroit fixe pour écrire ou peindre. Et elle répond : "Oui, ce serait bien !" Elle a plus de mal à penser à son propre lit de chambre à coucher. Elle n'a plus dormi dans un tel lit depuis des années. Elle préfère dormir sur le canapé du salon. Elle ne veut pas parler des raisons. La fin de cette histoire doit appartenir au journal intime, une entrée de Madame I. concernant l'année 2009 : "Casanostra entre dans mon appartement et dans ma vie. Je suis à un tournant de ma vie. Si j'avais déjà eu cette aide plus tôt, ils ne m'auraient peut-être pas enlevé mes enfants et mon traumatisme psychique me serait épargné".