{"id":233746,"date":"2014-10-11T13:12:02","date_gmt":"2014-10-11T12:12:02","guid":{"rendered":"https:\/\/casanostra-biel.ch\/?p=233746"},"modified":"2025-12-02T13:50:54","modified_gmt":"2025-12-02T13:50:54","slug":"portrait-dune-famille-de-clients-famille-de-refugies-sur-une-mince-crete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/casanostra-biel.ch\/fr\/portrat-einer-klientenfamilie-fluchtlingsfamilie-auf-schmalem-grat\/","title":{"rendered":"Une famille de r\u00e9fugi\u00e9s sur la corde raide"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Une m\u00e8re et ses trois enfants risquent de se retrouver sans abri. Au dernier moment, elle est log\u00e9e dans un appartement d'urgence de Casanostra. Mais tous les soucis ne sont pas pour autant \u00e9cart\u00e9s.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>Un appartement de quatre pi\u00e8ces et demie \u00e0 la rue de Boujean. Dehors, l'avalanche de circulation, \u00e0 l'int\u00e9rieur, tout semble en ordre. L'appartement est propre et bien rang\u00e9, des lambeaux de tissu prot\u00e8gent le sol sous les pieds du lourd ensemble de coussins de la brocante. \"C'\u00e9tait une bonne id\u00e9e\", se f\u00e9licite le travailleur social de Casanostra. Visite \u00e0 domicile un jeudi apr\u00e8s-midi chez Madame T. Les enfants \u00e2g\u00e9s de 4, 8 et 11 ans sont plac\u00e9s \u00e0 l'\u00e9cole et \u00e0 la cr\u00e8che. Rien ne laisse pr\u00e9sager pourquoi le bailleur s'est d\u00e9j\u00e0 plaint cinq fois aupr\u00e8s de Casanostra en dix jours, depuis que la famille T. habite dans cet appartement. Urs Enz, travailleur social de Casanostra, s'adresse \u00e0 Mme T. au sujet des r\u00e9clamations, mais celle-ci ne semble pas comprendre comment cela a pu se produire. Ses enfants se comportent comme les autres, assure-t-elle. Une dispute de temps en temps, rien d'extraordinaire. Madame T. vient d'Afrique, d'une autre culture. Des habitudes qui peuvent lui para\u00eetre normales peuvent vite para\u00eetre choquantes en Suisse. Dans ce cas, le bailleur a des id\u00e9es sur le r\u00e8glement int\u00e9rieur qui, selon le travailleur social de Casanostra, sont tr\u00e8s strictes. C'est pourquoi Enz avait plut\u00f4t un mauvais pressentiment lors de la remise de l'appartement \u00e0 Madame T.. Comme le bailleur s\u00e9v\u00e8re habite dans le m\u00eame immeuble que la famille T., le conflit lui semblait in\u00e9vitable. Pourtant, ni Mme T. ni son assistant social n'auraient \u00e9t\u00e9 en mesure de faire la fine bouche lors de la recherche d'un appartement. Le contrat de location sign\u00e9 a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9livrance pour les deux. Il mettait fin \u00e0 une longue p\u00e9riode de recherche et de souffrance - esp\u00e9rons qu'elle ne soit pas provisoire. En 2008, Madame T. est arriv\u00e9e en Suisse en tant que r\u00e9fugi\u00e9e avec deux enfants, bient\u00f4t rejoints par un troisi\u00e8me. Son pays d'origine, l'\u00c9rythr\u00e9e, conna\u00eet encore aujourd'hui des temps troubl\u00e9s. Les flux de r\u00e9fugi\u00e9s se poursuivent, et parmi eux, les enfants sont particuli\u00e8rement nombreux. La premi\u00e8re \u00e9tape de la famille T. en Suisse a \u00e9t\u00e9 un centre d'accueil \u00e0 B\u00e2le. Apr\u00e8s quelques jours, on y a gliss\u00e9 dans la main de Madame T. un papier \u00e9crit \u00e0 la main, sur lequel on lui avait d\u00e9crit, plut\u00f4t mal que bien, comment elle devait se rendre dans son premier centre d'asile en pays \u00e9tranger : situ\u00e9 \u00e0 Hondrich, au-dessus de Spiez, loin de tout. Madame T. a conserv\u00e9 ce papier jusqu'\u00e0 aujourd'hui, comme un souvenir de la fa\u00e7on dont elle s'est sentie perdue lors de ses premiers jours et semaines en Suisse. D'une mani\u00e8re ou d'une autre, elle a r\u00e9ussi \u00e0 rejoindre Hondrich avec ses jeunes enfants. Apr\u00e8s une odyss\u00e9e \u00e0 travers d'autres centres d'asile, la famille de r\u00e9fugi\u00e9s est arriv\u00e9e en 2012 dans un appartement de la Croix-Rouge \u00e0 Br\u00fcgg, puis tr\u00e8s vite au B\u00f6zingenmoos, o\u00f9 Madame T. et ses enfants ont pu emm\u00e9nager dans leur premier v\u00e9ritable appartement. Mais le bail \u00e9tait limit\u00e9 \u00e0 deux ans - et il n'a pas \u00e9t\u00e9 prolong\u00e9, car la g\u00e9rance immobili\u00e8re a jug\u00e9 la gestion du m\u00e9nage et l'\u00e9ducation des enfants de Madame T. trop chaotiques. D\u00e9j\u00e0 l\u00e0, il y avait r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9clamations. Entre-temps, l'autisme avait \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9 chez le fils a\u00een\u00e9, une maladie qui rend encore plus difficile la vie entre quatre murs, pourtant conforme aux normes suisses. Madame T. n'a certes pas fait l'objet de poursuites, mais la r\u00e9f\u00e9rence de logement de la g\u00e9rance immobili\u00e8re \u00e9tait si mauvaise qu'il lui \u00e9tait impossible de trouver un autre logement par ses propres moyens apr\u00e8s son s\u00e9jour au Marais de Boujean \u00e0 Bienne. M\u00eame les efforts d'une b\u00e9n\u00e9vole qui l'a aid\u00e9e n'ont pas port\u00e9 leurs fruits. Alors que Madame T. et ses enfants risquaient de se retrouver sans abri, un collaborateur du service municipal de protection des adultes et des enfants a mis la famille en contact avec Casanostra, juste avant qu'elle ne se retrouve d\u00e9finitivement \u00e0 la rue. Dans de tels cas, l'association d'aide au logement tient \u00e0 disposition des appartements d'urgence, sur mandat de la ville de Bienne, avec laquelle elle a conclu un contrat de prestations sp\u00e9cial pour cette offre. Cette offre profite surtout aux familles pour lesquelles il n'existe pas d'autres possibilit\u00e9s d'h\u00e9bergement d'urgence. Le contrat implique que des appartements d'urgence de diff\u00e9rentes tailles devraient toujours \u00eatre vides, afin qu'un logement appropri\u00e9 soit disponible en cas d'urgence. C'est ainsi que Madame T. et ses trois enfants ont effectivement trouv\u00e9 refuge du jour au lendemain dans un immeuble de Casanostra, dans un appartement familial d'urgence meubl\u00e9 \u00e0 cet effet \u00e0 la Molzgasse. \"Madame T. s'est toujours montr\u00e9e coop\u00e9rative et aimable dans ses relations avec le travailleur social de Casanostra, m\u00eame lorsque sa situation est redevenue inconfortable, car elle \u00e9tait \u00e0 nouveau menac\u00e9e de perdre son logement. La dur\u00e9e de s\u00e9jour possible dans le logement d'urgence est limit\u00e9e \u00e0 six mois. Le service social a accord\u00e9 \u00e0 Casanostra un budget-temps de huit heures par mois pour la recherche d'un logement pour Madame T.. Mais comme la b\u00e9n\u00e9vole avant lui, le travailleur social de Casanostra s'est presque cass\u00e9 les dents sur le march\u00e9 du logement biennois. \"Il y avait certes beaucoup d'appartements libres, mais g\u00e9n\u00e9ralement plus chers, avec beaucoup de personnes int\u00e9ress\u00e9es, qui \u00e9taient en outre g\u00e9n\u00e9ralement en mesure de verser un d\u00e9p\u00f4t de garantie pour le loyer. Et donc les chances de Madame T. \u00e9taient faibles\". Par deux fois, un contrat de location semblait pouvoir aboutir - avant qu'une demande aupr\u00e8s de l'avant-derni\u00e8re r\u00e9gie immobili\u00e8re de Madame T. ne fasse tout de m\u00eame changer d'avis le bailleur. C'\u00e9tait \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer. Plus l'\u00e9ch\u00e9ance du logement d'urgence approchait, plus l'assistant social devait investir de temps dans la recherche d'un logement, un peu plus que ce que le service social paierait pour cela - jusqu'\u00e0 ce que tout s'arrange au dernier moment. Le nouveau contrat de location n'est plus limit\u00e9 dans le temps. Madame T est soulag\u00e9e : l'incertitude a enfin pris fin pour elle. La lueur dans les yeux de ses enfants lui a montr\u00e9 \u00e0 quel point le nouvel appartement avec les deux chambres d'enfants leur plaisait. Et Madame T. est \u00e9galement satisfaite : Les trajets scolaires sont courts, la station de bus n'est pas loin et une famille amie habite m\u00eame dans le voisinage. Depuis qu'elle a le contrat de location sign\u00e9 en main, Madame T. peut \u00e0 nouveau dormir la nuit. Apr\u00e8s 18 mois pendant lesquels la recherche d'un logement avec toutes les innombrables candidatures, visites et entretiens d'embauche l'a presque \u00e9puis\u00e9e, elle retrouve enfin le calme. Elle veut reprendre les cours d'allemand qu'elle avait interrompus \u00e0 cause de sa recherche d'appartement - et se rapprocher ainsi un peu plus de son souhait de trouver un emploi en Suisse. De pr\u00e9f\u00e9rence comme couturi\u00e8re pour dames, son m\u00e9tier, mais de mani\u00e8re plus r\u00e9aliste plut\u00f4t dans les soins aux personnes \u00e2g\u00e9es, une activit\u00e9 qu'elle aimerait aussi beaucoup exercer. La formation professionnelle future de ses enfants lui tient \u00e9galement \u00e0 c\u0153ur. \"Je veux qu'ils puissent apprendre un m\u00e9tier qui leur plaise et qui leur permette de gagner leur vie. Je fais tout pour cela\". Madame T. est confiante en l'avenir et elle est extr\u00eamement reconnaissante au travailleur social Enz de lui avoir trouv\u00e9 un logement et de l'avoir soutenue jusqu'\u00e0 nouvel ordre dans le d\u00e9veloppement de ses comp\u00e9tences en mati\u00e8re de logement. \"Il me dit toujours ce que je fais bien et ce que je ne fais pas : cela m'aide beaucoup\", dit Madame T. L'assistant social n'est que partiellement confiant pour sa cliente. Il dit : \"Nous entrons maintenant dans la phase d\u00e9cisive. Il s'agit de stabiliser la gestion du m\u00e9nage de Madame T., notamment en prouvant au bailleur son devoir de diligence et sa consid\u00e9ration, afin de garantir ainsi la relation locative \u00e0 long terme\". Il sait que la ligne de cr\u00eate sur laquelle \u00e9volue Madame T. reste pour l'instant \u00e9troite. Une nouvelle perte de logement serait d\u00e9vastatrice. Il est pr\u00e9vu de poursuivre l'accompagnement au logement pendant encore douze mois, \u00e0 une fr\u00e9quence d\u00e9croissante. Et pendant ce temps, soutenir les comp\u00e9tences en mati\u00e8re de logement de Madame T. et de ses enfants de mani\u00e8re \u00e0 ce que la famille de quatre personnes puisse bient\u00f4t mener une vie autonome.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Enregistr\u00e9 en octobre 2014<\/em><\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une m\u00e8re et ses trois enfants risquent de se retrouver sans abri. Au dernier moment, elle est log\u00e9e dans un appartement d'urgence de Casanostra. 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